J’ai eu l’idée de cet article suite à un post Instagram de Manon @drishti_yoga_17 professeur de yoga.
En voyant une pratique de yoga « facile » ou « parfaite », on ne s’imagine pas le chemin réel, parfois difficile, qui se cache derrière.
Le témoignage de Manon est une preuve que les résultats viennent si on est assidu peu importe le point de départ.
Le yoga n’est pas réservé pour les »corps parfaits ».
Au contraire, la pratique du yoga est précieuse dans des situations difficiles et peut nous aider à surmonter certaines étapes.
Manon, j’ai été vraiment surprise de découvrir ton parcours. Tu rêvais de faire de la danse, comme la majorité des filles, mais ce n’était pas possible?
D’une part, j’ai toujours été grande et très mince, ce corps dont je ne savais que faire. Je me cognais partout et tout le temps! Les différents profs me collaient systématiquement dans le fond du cours. Leur discours était décourageant. Dans les années 80, l’empathie, la bienveillance n’étaient pas de mise, surtout dans les cours de danse classique! D’autre part, les douleurs au dos récurrentes dont l’intensité était croissante ont eu raison de l’arrêt en cours d’année. J’ai encore en mémoire le moment où courageuse, dans une rue du bas de Puteaux, je demandais à ma maman de ne plus y retourner. Comment vouloir poursuivre avec de telles douleurs tout en étant rabrouée et moquée pour ma maladresse et un manque évident de grâce?!!
Comment le yoga est-il entré dans ta vie?
Par la petite porte à Goa en 1993. Un prof d’asthanga réputé, gentil mais qui n’aura pas su allumer le feu! Un cours en anglais ce qui à l’époque était un frein, un niveau supérieur au mien.
Je suis de nature raide. Je me revois en paschimottanasana ne pouvant saisir mes pieds, le prof derrière moi m’appuyant sur le dos pour que je descende sur mes jambes … un peu violent comme entrée en matière! J’avais réitéré , pleine de bonne volonté, mais découragée par le manque d’adaptation. J’étais avec deux bonnes copines qui pratiquaient le yoga avec lui. Je les admirais pour leur attitude calme et presque détachée, moi qui étais si speed et spontanée. Pas le bon timing! Il faudra attendre début 2000 pour que je pousse la porte d’un cours avec une de ces deux copines , qui entre temps, était devenue prof Iyengar…. la révélation! Le yoga m’ouvrait ses bras, le chemin de la réconciliation était devant moi!
Comment as-tu appris à faire la différence entre la douleur d’un défi et la douleur d’une blessure ?
En premier avec les consignes de MA professeure , en apprenant à me connecter à ses sensations corporelles. Il m’aura fallu des années avant de poser mes mains au sol sans flexion lombaire dans Uttanasana. (qu’est ce que ça aura me piquer fort aux ischion-jambiers!
Je dirais que les 15 premières années furent consacrées à cela : créer des ouvertures dans les fermetures, bouger ce qui ne bougeait plus et plus que tout me rencontrer!
Puis en 2020, la pandémie , la démocratisation des cours en ligne, l’accès à des super professeurs du monde entier et des pratiques plus avancés.
J’ai enchaîné les cours , grisée par ces nouvelles ouvertures, reprendre le contrôle ( une revanche aussi!) sur ce corps et ses nombreuses limites que je repoussais. Aveuglée par le plaisir qui flatte l’ego avouons-le, je me suis un peu déconnectée des sensation corporelles. Je pratiquais tous les jours, telle une ascète. Première blessure : le fameux yogi butt*. Ralentir de nouveau, adapter la pratique, et être à l’écoute, tourner mon attention vers mes sensations et ne plus m’en détourner!
J’ai continué de me former, anatomie, analyse posturale, yoga thérapie pour éviter les écueils avec les élèves mais surtout pour comprendre. Lire les corps, son propre corps aussi.
Les affres du temps qui passe, le corps cette matière vivante qui évolue, la scoliose qui revient et ce dos dont l’équilibre était finalement précaire. Il m’aura fichu la paix toutes ces années, je dois à nouveau négocier avec lui.
Je n’ai jamais eu un corps prêt, un corps de prof de yoga. Ce véhicule terrestre je dois le préparer et le bichonner intelligemment pour qu’il s’ouvre.
Pour conclure cette réponse, je dirais que ma pratique personnelle est le meilleur guide.
Si ça tire, ça pique au milieu du muscle ,si ça lance, ça pince dans une articulation, ou à l’extrémité d’un muscle ce n’est pas du tout la même chose. Le corps nous parle, écoutons-le!
Avoir mal après une pratique n’est ni normal, ni anodin. Le yoga Iyengar nous offre tant d’adaptations de postures, de supports que la douleur est évitable et l’asana possible.
La posture pour entrer dans son corps et non son corps pour rentrer dans la posture fait toute la différence. Habiter son corps pleinement.
Beaucoup de gens pensent que le yoga avancé est une question de souplesse. Pour toi, en venant d’un corps “fragile”, quel a été le vrai travail : la force, la coordination, la confiance, ou autre chose ?
On interprète souvent le niveau avancé par la réalisation d’asanas complexes dignes des contorsionnistes. Est-ce que ce ne serait pas de pratiquer avec pour guides les yama et les nyama ? Respirer, maîtriser l’art de se sentir vivant? Ressentir un bien-être vibrant tout simplement?
Un muscle fort et souple, c’est toujours une histoire d’équilibre. Comme dit Prashant Iyengar, la posture a toujours quelque chose à nous offrir, que ce soit une variation ou la posture complète. Le yoga nous accueille là ou nous en sommes. Savasana peut être une pratique avancée pour certains jours: rester immobile à l’écoute de son souffle, et d’autres jours Hanumanasana sera avancé pour ce grand pas vers notre univers!!!
Si tu pouvais remonter le temps et dire quelque chose à l’enfant que tu étais, en voyant la professeure de yoga que tu es devenue, que lui diras-tu ?
Ne t’identifie pas à tes pathologies, ne te définie pas à tes douleurs. Aime ton corps, il te le rendra! Rien n’est figé dans le temps, la vie, le yoga aussi est un espace des possibles!
Aujourd’hui, quand tu enseignes à des élèves qui se plaignent de ne pas être “assez souples”, quelle est l’histoire de ta vie que tu as envie de leur raconter ?
J’enseigne à des seniors et de manière générale, les élèves sont plus âgés que moi. Nos rythmes de vie cabossent, on ne s’écoute plus. Je leur permets de le faire, enfin les supports, les techniques d’enseignement, les ajustements. Évoquer mon histoire, mentionner des anecdotes de mon parcours, ce qui met en lumière une authenticité dans le chemin parcouru. Une compréhension et non un jugement, encore moins une leçon de morale lorsque je les invite à ne pas s’accrocher à leurs pieds dans paschimottanasana!
Si tu devais résumer le message principal de ton parcours pour quelqu’un qui pense qu’il est “trop tard” ou “trop faible” pour commencer le yoga, quel serait-il ?
Sans brusquer, sans juger, inviter à abandonner les pensées limitantes. Même si chaque histoire est différente, bien souvent la négation dans la phrase est une entrave, une barrière à son propre envol. Je citerai BKS Iyengar : «Le yoga est l’art de se débarrasser des frontières. Ne vous coupez pas de l’Infini avec des idées trop étroites. Laissez toujours la possibilité de dire Je vais essayer. Je vais voir. Créez dans l’infini. Ne soyez pas limités.»
*yoga butt injury » : une blessure assez classique chez les pratiquants de yoga, souvent liée à une tendinopathie ou irritation des ischio-jambiers au niveau de leur insertion sous les fesses. Cela peut arriver notamment avec les étirements répétés et certaines postures.
Manon enseigne à Royan, Breuillet et Vaux sur mer. Pour avoir plus d’informations sur ses cours
